Le Parisien : dans l’enclave de la Ghouta, «il n’y a pas un jour sans blessés»

La source : Le Parisien

Docteur Amany, est pédiatre à la Ghouta, en Syrie, enclave rebelle assiégée depuis 2013 par les forces d’Assad, où 23 civils ont été tués mercredi, principalement par des frappes aériennes russes.

Grâce à l’ONG UOSSM (Union des organisations de secours et soins médicaux), nous avons pu entrer en contact avec une pédiatre syrienne exerçant à la Goutha, l’enclave rebelle assiégée depuis cinq ans par les forces de Bachar al-Assad. Le docteur Amany (il s’agit d’un pseudonyme) décrit une situation très critique au sein de l’enclave, notamment celle des enfants.

Où en sont les opérations d’évacuation des malades graves et des blessés vers les hôpitaux de Damas ?

Docteur Amany . Il ne s’agit hélas pas d’une réelle évacuation. Une liste de 500 patients a été établie par le Croissant-Rouge syrien. Parmi ces personnes qui nécessitent une évacuation urgente, seules 25 ont pu sortir de la Goutha. Et ce fut le résultat d’un accord entre le groupe qui contrôle la Goutha et le régime de Damas permettant l’échange avec 29 détenus réclamés par le régime.

Parmi ces 500 personnes, combien d’enfants ?

Il y a 65 enfants de moins de 5 ans. D’autres enfants qui nécessiteraient une évacuation d’urgence ne figurent pas sur cette liste, soit parce que leurs parents sont des opposants au régime qui craignent des représailles lorsqu’ils accompagneraient leur enfant, soit parce que les familles sont trop pauvres pour payer les soins dans les cliniques privées de Damas.

De quoi souffrent généralement les enfants de la Goutha ?

Il y a une malnutrition générale. Les Nations unies ont pu faire passer quelques convois, mais cela ne suffit pas.

«La situation est de plus en plus critique»

Combien de temps peut tenir la population de la Goutha dans les conditions actuelles ?

La population vit en état de siège depuis cinq ans. Les quelques voies clandestines qui permettaient jusque-là de contourner le blocus sont de plus en plus fermées. Le dernier convoi humanitaire remonte au mois d’octobre. Les gens tentent de survivre avec les moyens du bord, en cultivant quelques légumes. Les aliments que certains commerçants arrivent à se procurer coûtent trop cher. J’ai vu des enfants qui cherchent dans les poubelles quelque chose à manger. Il n’y a pas de lait pour les nourrissons et leurs mères sont trop affaiblies pour les allaiter. Certaines maladies qui avaient disparu du pays réapparaissent. La situation est donc de plus en plus critique.

Y a-t-il toujours des combats ou des bombardements ?

Oui, depuis cinq ans, les combats et les bombardements n’ont jamais cessé, avec des périodes d’intensité variable. Mais il n’y a pas un jour sans blessés. A titre d’exemple, des obus sont tombés le 31 décembre sur un marché près de mon domicile, faisant huit blessés : deux sont décédés et les six autres sont dans un état grave et ont dû être amputés.

Quels sont les besoins les plus urgents sur le plan médical ?

Nous avons un grand besoin de matériel et de médicaments pour les urgences et les blocs opératoires, notamment des poches pour le sang, afin de pouvoir soigner les blessés des bombardements.